Alors que le développement de l’intelligence artificielle progresse à une vitesse fulgurante, certains des hommes les plus riches du monde sont peut-être en train de décider du sort de l’humanité. Les prévisions en matière d’évolution de l’IA oscillent entre promesses évolutionnistes peu crédibles et anticipations dans lesquelles l’IA menacerait l’existence même de l’espèce humaine.
Cette thèse d’une possible extinction de notre espèce se déploie dans différents milieux, dont certains liés à l’industrie de l’IA, et incitent certains acteurs à en appeler à un ralentissement voire un arrêt total de son développement.
Tandis que l’idée du risque existentiel semble gagner du terrain rapidement, une grande publication publie presque chaque semaine un essai soutenant que le risque existentiel détourne l’attention des préjudices existants. Pendant ce temps, beaucoup plus d’argent et de personnes sont discrètement consacrés à rendre les systèmes d’IA plus puissants qu’à les rendre plus sûrs ou moins biaisés.
De la même manière que les logiciels ont « mangé le monde« , il faut s’attendre à ce que l’IA présente une dynamique similaire de « winner-takes-all » qui conduira à des concentrations de richesse et de pouvoir encore plus importantes.
Suite et fin de la série consacrée à la conférence de Mélanie Mitchell sur l’avenir de l’intelligence artificielle.
Alors que l’intelligence artificielle accélère la propagation de fausses images, les cours d’histoire se doivent d’intégrer une formation à l’histoire numérique. Explications avec le projet VIRAPIC.
En constituant une base de référencement des photographies virales, détournées, décontextualisées ou inventées autour d’évènement historiques, le projet VIRAPIC permettra d’accéder rapidement à un contenu historique solide et critique sur les images que les élèves, enseignants ou éditeurs souhaitent publier en ligne ou utiliser en cours.
Les images générées par intelligence artificielle (IA), à la frontière entre le réel et le virtuel, brouillent les lignes légales en matière de pédocriminalité. En France l’alerte est lancée par la Fondation pour l’enfance pour qui « beaucoup de ses photos et vidéos montrant des mineurs agressés et maltraités sont si réaliste qu’il est presque impossible de les distinguer d’images de vrais enfants. »
Si la modération des IA comme Chat GPT, DALL-E, Midjourney empêche en principe la création de contenus inappropriés par leurs conditions d’utilisation, les garde-fous techniques restent limités. Les modèles d’IA génératives en sources ouvertes, tels que Stable Diffusion, offrent peu de contrôle sur les requêtes des utilisateurs, laissant libre cours à des usages détournés.
Dans son essai Les prophètes de l'IA, paru le 25 octobre aux éditions Lux, le journaliste Thibault Prévost - également pigiste pour Usbek & Rica - dresse un portrait démystificateur des grands noms de l'intelligence artificielle qui nous vendent la fin des temps. Entretien.
Alors que l'intelligence artificielle prend de plus en plus de place dans notre quotidien, quelles sont ses répercussions politiques et géopolitiques ? Émilie Aubry s'entretient avec Asma Mhalla, spécialiste des enjeux politiques de la Tech. Elle explique les bases de l'IA et comment elle est utilisée par les industriels de la Tech et par les États pour véhiculer leurs idées.
Echange lors de l'émission Le dessous des cartes du 12 mars 2024.
Disponible jusqu'au 15/03/2027
Devant les progrès spectaculaires de l’intelligence artificielle, l’industrie du cinéma est partagée entre enthousiasme et effroi… Tour d’horizon d’un tsunami technologique en marche.
Depuis les balbutiements du cinéma de science-fiction, Hollywood imagine des scénarios où des machines, plus intelligentes et plus créatives que les humains, prendraient le pouvoir. Mais aujourd’hui la situation s’inverse : alors que l’intelligence artificielle multiplie les bonds en avant spectaculaires, les studios s’intéressent de plus en plus près au potentiel de ces technologies surpuissantes, capables désormais de prouesses qui nous paraissaient inatteignables il y a seulement quelques années : vieillir ou rajeunir artificiellement les acteurs et en créer des répliques numériques plus vraies que nature, générer un doublage en langue étrangère reproduisant fidèlement le timbre naturel d’un comédien en adaptant le mouvement de ses lèvres ; mais aussi produire des scénarios originaux ou des séquences hyperréalistes sur la base d’une description textuelle. Cette révolution signe-t-elle la fin de la création cinématographique telle que nous la connaissions jusqu’alors ?
Un film documentaire de Mario Sixtus disponible sur arte.tv jusqu'au 18/12/2024
Les images produites par l’IA sont la somme de toutes nos représentations qu’elles renforcent. Alors que beaucoup d’entre nous souhaiteraient mettre fin aux stéréotypes, les machinent les ravivent comme nulles autres. Reste à savoir si cela va nous servir à mieux identifier les clichés ou à nous submerger sous le conformisme.
Une enquête franche et efficace sur les dessous idéologiques du monde de l’intelligence artificielle (qui n’est, comme on le sait, ni intelligente ni artificielle), les grands mouvements dont ses gourous sont alimentés : survivalisme, long-termisme, altruisme efficace, extropianisme et autres barbarismes qui en long, large et travers, font dégouliner dans la presse les « risques existentiels » d’une IA dite « générale » dont il est apparemment préférable de craindre l'hypothétique avènement prochain que d’interroger les modes de production.
Une lecture conseillée donc, pour l’analyse, la collection édifiantes de faits et de chiffres, et pour les bons mots de l’auteur.
Après les deepfakes à caractère pornographiques, les chatbots imitant des personnes réelles. Si l’IA générative ouvre des perspectives en matière de création ou de résumés de contenus, elle est aussi facilement détournée à des fins malveillantes, et notamment de harcèlement.
Wired rapporte avoir dénombré plus de 50 bots construits à l’aide d’intelligence artificielle générative pour permettre aux internautes de dénuder des images de femmes sur Telegram, plateforme réputée être l’une des moins efficaces en termes de modérations. En parallèle, un autre cas d’usage d’IA générative se retrouve détourné à des fins malveillantes : la création de chatbots textuels et vocaux ressemblant à des personnes réelles.
Dan McQuillan est maître de conférence au département d’informatique de l’université Goldsmiths de Londres. Il est l’auteur de "Resisting AI, an anti-fascist approach to artificial intelligence" (Résister à l’IA, une approche anti-fasciste de l’IA, Bristol University Press, 2022, non traduit).
“L’IA est utilisée comme une forme de “Stratégie du choc“, dans laquelle le sentiment d’urgence généré par une technologie censée transformer le monde est utilisé comme une opportunité pour transformer les systèmes sociaux sans débat démocratique.” Quand l’IA est convoquée pour transformer l’hôpital et l’école, c’est une diversion qui vise à nous masquer leur effondrement sous les coups d’un désinvestissement massif. Or, l’IA ne comprend ni la médecine ni l’éducation. La seule chose que les grands modèles d’IA font très bien, c’est de transférer le contrôle aux grandes entreprises, et ce alors qu’aucun autre acteur n’a les moyens ou la puissance de traiter les données qu’elles savent traiter.
Rumman Chowdhury, Timnit Gebru, Safiya Noble, Seeta Peña Gangadharan, and Joy Buolamwini open up about their artificial intelligence fears. Today the risks of artificial intelligence are clear — but the warning signs have been there all along.
Dans une tribune publiée par le magazine Time, l’historien superstar Yuval Noah Harari craint que, grâce à leur maîtrise du langage, « les IA puissent nouer des relations intimes avec les gens et utiliser ce pouvoir pour changer leurs opinions et leurs visions du monde ». De quoi entrevoir, selon lui, « la fin potentielle de l'histoire humaine ».
L’intelligence artificielle est appelée à s’immiscer dans la majeure partie de nos interactions numériques. Avec sa capacité à produire instantanément un « baratin » plausible adapté aux préférences de chacun, quels sont les risques que l’intelligence fausse nos interactions sociales, voire mine nos démocraties ?
Avec une capacité à construire des textes, des images, des vidéos – bref des réalités alternatives – l'IA ne va pas seulement développer des univers parallèles, elle va façonner le réel. En effet, les humains sont des êtres qui imaginent le monde avant de le vivre. Qui contrôle les imaginaires, oriente les humains.
Dans cette perspective, les IA et ceux qui les contrôlent sont en passe d’affecter de façon majeure la formation de l’opinion, et donc d’orienter la volonté des peuples en construisant des narrations massivement diffusées.
Imaginons que dans un futur plus ou moins proche, il nous sera impossible de différencier le contenu créé par un humain du contenu créé par une IA. Dans les lectures, les écoutes musicales, les séries, les films, les photographies et tous les contenus pouvant être numériques il y aura un mélange entre ce qui est conçu humainement et par les IA.
Mais en attendant cela, j’imagine un monde numérique où les services, les médias, les sites Internet présenteront des options pour afficher ou non le contenu généré par IA et ainsi proposer aux utilisateurs, les différentes versions. Cela existe déjà sur les plateformes de vente d’images en ligne pour faire le tri entre les images générées et les images non générées.
Depuis 2022, les intelligences artificielles génératives s’imposent à la planète numérique. En animant les unes des journaux et les débats en ligne, ces fantasmes dystopiques masquent la leçon la plus spectaculaire que nous donne l’IA : notre culture est profondément inégalitaire et structurée autour de représentations biaisées, construites par l’histoire et les dominations. Si les IA génératives d’images traduisent et amplifient ces discriminations sociales, c’est principalement à cause des préjugés qui structurent les données d’entrainement des algorithmes. Mais l’inégalité se situe aussi dans l’usage de ces technologies en apparence élémentaire.
Souhaitant partager les travaux et débats conduits lors de l’évènement de novembre 2023, la CNIL publie aujourd’hui le cahier air2023 « IA et libre arbitre : sommes-nous des moutons numériques ? », qui reprend les grands axes de l’évènement :
- L’IA au quotidien : comment faire pour que l’intelligence artificielle soit au service de nos vies ?
- L’art de l’artifice : comment mettre l’IA au service de la créativité ?
- L’IA et les mutations au travail : comment l’IA peut-elle être mise au service du marché de l’emploi, des entreprises et des travailleurs ?
Ce cahier s’adresse à tous, qu’il s’agisse du grand public – premier concerné par les transformations apportées par l’IA, des professionnels mettant en place des solutions innovantes, des chercheurs, ou encore des pouvoirs publics.
L'État de la situation sur les impacts sociétaux de l'intelligence artificielle et du numérique fait état des connaissances actuelles sur les impacts sociétaux de l'IA et du numérique, structurées autour des sept axes de recherche de l'Obvia : santé, éducation, travail et emploi, éthique et gouvernance, droit, arts et médias, et transition socio-écologique. Hypertrucages, désinformation, empreinte environnementale, droit d'auteur, évolution des conditions de travail, etc.
Le document recense les grandes questions de recherche soulevées par le déploiement progressif de ces nouvelles technologies, auxquelles viennent s'ajouter des cas d'usages et de pistes d'action. Il s'impose ainsi comme un outil complet et indispensable pour accompagner la prise de décision dans tous les secteurs bouleversés par ces changements.
Selon OpenAI, son chatbot peut désormais tenir des discussions fluides à l’oral et « lire » les émotions de ses utilisateurs. Une innovation qui intervient alors que l’usage de l’intelligence artificielle générative à des fins thérapeutiques se répand, soulevant des interrogations chez les professionnels de santé.
La pensée de Félix Guattari permet d’éclairer les coûts cachés des IA génératives, qui s’appuient sur un extractivisme pillant les ressources naturelles et culturelles.
Quelle que soit leur utilité potentielle, la généralisation de ces systèmes semble donc aller de pair avec un épuisement des ressources naturelles, au détriment des besoins fondamentaux des citoyens et de l’avenir de nos écosystèmes communs.